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Data Spaces : l’Europe entre dans la « Saison 2 »

Après cinq années de structuration et de travail technique, les espaces de données européens (Data Spaces) passent d’une phase conceptuelle à un déploiement industriel concret. C’est ce que la communauté Gaia-X appelle désormais la « Saison 2 » : une étape décisive où l’accent est mis sur les modèles économiques viables, l’interopérabilité et l’accélération des cas d’usage réels, notamment grâce à l’intelligence artificielle.

Qu’est-ce qu’un Data Space ?

Contrairement à une idée reçue, un Data Space n’est pas un grand lac de données centralisé. C’est une architecture fédérale et décentralisée dans laquelle chaque organisation conserve la maîtrise de ses données et les partage de manière sélective, selon des règles contractuelles et techniques communes.

Exemple concret : dans l’espace de données Eona-X (mobilité, tourisme et logistique), la SNCF ne voit pas automatiquement les données d’Accor ou d’Air France. Le partage n’intervient que lorsqu’un accord explicite est établi. Cela permet une coopération fluide entre acteurs (y compris concurrents) tout en préservant la souveraineté de chacun.

La souveraineté numérique, moteur stratégique

Dans un contexte géopolitique tendu (retour de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025), la souveraineté des données est devenue une priorité majeure pour les entreprises et les États européens. L’objectif : protéger la propriété intellectuelle, assurer la continuité des opérations et réduire la dépendance aux hyperscalers américains.

Gaia-X, avec ses 248 membres (Airbus, EDF, Renault, Engie, BMW, OVHcloud, Orange, etc.), n’est pas un « cloud souverain » mais un cadre de normes, de règles et de labellisation reconnu par le Data Governance Act et le Data Act. Il permet de rendre la souveraineté concrète, sectorielle et opérationnelle.

La France en pointe avec trois chantiers emblématiques

La France démontre un leadership concret à travers plusieurs initiatives :

  • Eona-X (mobilité, tourisme, logistique) : déjà utilisé lors des JO de Paris 2024 avec SNCF, Air France-KLM, Renault, Accor, ADP et Amadeus. Un nouveau projet, Gen4Travel, y couple ces données avec de l’IA agentique pour créer de la valeur sans exposer les données brutes.
  • DECADE-X (aéronautique) : piloté par Airbus, ce data space cible la chaîne d’approvisionnement. Version opérationnelle depuis avril 2025, il compte déjà 90 cas d’usage et vise à connecter jusqu’à 10 000 fournisseurs.
  • Data4NuclearX (nucléaire) : porté par EDF, il réunit 2 500 entreprises (dont 80 % de PME) de la filière. Labellisé Level 3 pour les données sensibles, il sert à la maintenance des centrales existantes et à la construction de nouvelles unités.

Un catalogue de services enfin mature

En décembre 2025, Gaia-X a lancé un catalogue de 600 services proposés par 15 fournisseurs. L’objectif est d’atteindre rapidement 1 000 services pour créer un véritable marché concurrentiel. Cinq fournisseurs sont déjà labellisés Level 3 (dont trois français : Cloud Temple, OVHcloud et Thésée Datacenter), permettant de répondre aux exigences les plus strictes en matière de souveraineté.

La Saison 2 : l’IA comme puissant accélérateur

La « Saison 2 » marque un tournant : après la phase de structuration et de définition des cadres de confiance, l’enjeu est désormais de créer de la valeur économique et d’assurer l’interopérabilité entre les différents data spaces.

L’intelligence artificielle joue ici un rôle central. Comme le souligne Ulrich Ahle, directeur général de Gaia-X :

« Une IA de confiance a besoin de données de confiance. Et ici, la souveraineté des données est d’une importance capitale. »

Grâce aux data spaces, on peut entraîner des modèles d’IA sur des données de haute qualité et de confiance, tout en respectant les contraintes de confidentialité et de propriété.

Des défis restent à relever

Malgré les progrès (près de 180 projets de data spaces en Europe), plusieurs chantiers demeurent critiques pour 2026 et au-delà :

  • Transition du financement public vers des modèles économiques privés
  • Interopérabilité réelle entre data spaces sectoriels
  • Adoption massive par les PME (défi à la fois technique, organisationnel et culturel)
  • Passage à l’échelle industrielle dans les systèmes d’information quotidiens

Catherine Jestin, présidente de Gaia-X et directrice chez Airbus, le rappelle avec force :

« La souveraineté numérique, c’est la capacité à contrôler son destin numérique. »

Conclusion : vers une infrastructure de confiance européenne

Les Data Spaces ne sont pas une mode technologique : ils constituent l’infrastructure de confiance dont l’Europe a besoin pour développer une IA souveraine, compétitive et responsable.

La Saison 2 ne se jouera pas uniquement dans les conférences, mais dans les ateliers de production, les salles de maintenance et les SI des entreprises européennes – en particulier les PME.

Avec notre filiale Data, chez Axians, nous accompagnons déjà nos clients dans la conception et la mise en œuvre de stratégies data souveraine et d’architectures de data sharing. L’arrivée de cette Saison 2 marque un moment stratégique : celui où la data devient un véritable levier de compétitivité et d’autonomie pour les entreprises européennes.

Vous souhaitez échanger sur la manière dont les Data Spaces peuvent s’intégrer à votre stratégie data ou vous souhaitez travailler sur une data platform souveraine ? Contactez-nous.